Ours 2

Publié le 28 Novembre 2007


Souvenirs de chasse, Louis Viardot, 1846

Lorsqu'une tanière est connue et que, trahi par ses traces, qui ressemblent aux pas
d'un jeune garçon marchant pieds nus, l'ours est dénoncé à un amateur qui vient l'attaquer
avec deux ou trois amis, on fait une enceinte aussi étroite que possible, où les traqueurs,
très rapprochés l'un de l'autre, ne laissent vide que la place des tireurs. Au bruit épouvantable
qui s'élève tout à coup autour de sa retraite, l'ours s'éveille, se secoue, ôte ses pieds de sa gueule,
et décampe au galop, cherchant une issue. Mais il n'arrive pas toujours qu'il s'enfuie de la sorte.
Souvent il rôde en sournois dans l'enceinte, le nez au vent, l'oreille au guet, sans vouloir percer
la ligne. Souvent aussi (surtout si c'est une femelle avec ses oursons), il s'obstine à rester
dans son trou, répondant par de sourds grognements aux cris des traqueurs. Il faut alors
s'approcher tout près de lui, tirer des coups en l'air, lâcher des chiens qui le harcèlent,
et même le pousser avec des bâtons. Quelquefois les chasseurs doivent l'attaquer en face,
dans sa tanière, et le tirer quand il s'élance sur eux. Il y a, dans ce cas, plus de difficultés
et de périls. Les approches de la tanière sont presque impraticables, défendues par des arbres
renversés ou des fondrières pleines de neige, et l'on s'expose, sur ce difficile terrain,
à toute la colère d'un animal redoutable, que poussent à bout la peur et le danger qui le menace.


Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #Noir et Blanc mon poulet

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