Take Shelter

Publié le 10 Janvier 2012

Tiens, j'avais presque oublié que j'avais une catégorie intitulée "Cinéma mon p'tit loup"
(encore que bon, ça ne sonne pas terrible, "Cinéma mon p'tit loup", mais on fait avec ce qu'on a)
et que tiens, pourquoi pas l'utiliser. Pour par exemple parler de films. Que j'ai vus. Y'a pas longtemps.
 
Commençons par Take Shelter, de Jeff Nichols, qui n'a fait qu'un autre film dont le pitch ne me donne pas plus
envie que ça, mais que voulez-vous, c'est comme ça.

Ça se passe dans la campagne américaine, dans l'Ohio. Vous savez, cette Amérique avec
pick-ups, avec petit pavillon avec jardin, avec le mari qui bosse dur, la femme à la maison
qui fait la cuisine, qui fait des rideaux et des coussins qu'elle vent sur des marchés, avec un gros chien.

Et avec un abri anti-tempêtes, parce que ça peut souffler, dans le coin.
C'est l'histoire de Curtis LaForche (Michael Shannon), simple ouvrier, qui a une chouette vie,
une jolie femme (Jessica Chastain), une fille sourde-muette mais ils le vivent bien.

Un beau jour (ou peut-être une nuit, je ne sais plus) Curtis fait un cauchemar. Il rêve d'une tempête.
Une vraiment grosse, avec 2 ou 3 cyclones en formation, une pluie lourde et grasse.
Une tempête qui rend fou : son chien lui saute dessus et commence presque à lui manger le bras.
La douleur lui reste pendant plusieurs heures après le réveil.
S'ensuivent plusieurs rêves du même type, et la folie qui monte, parce que Curtis
il est persuadé que ce sont des rêves prémonitoires. Il y croit dur comme fer. Il enferme son chien,
il dépense toutes les économies familiales pour retaper l'abri anti-tempête.
Il est à moitié lucide seulement : il se rend bien compte que ce qu'il fait est bizarre,
irrationnel, mais il n'arrête pas pour autant. Il est tout empli de ce devoir impérieux, confus
de « protéger sa famille » contre une catastrophe improbable.

 

http://sorwellz.free.fr/blog2012/0110-take-shelter.jpg

(papiers découpés)


Au final, c'est un film catastrophe dont la catastrophe est dans la tête d'un type. Comme un huis clos
dans la tête d'un personnage ordinaire qui a l'air de devenir fou. A l'air seulement, parce qu'on est avec lui dans sa tête,
parce qu'on a envie d'y croire à ses délires. On est loin de Roland Emmerich.

Et Jeff Nichols maîtrise son affaire. Contrôle complet du rythme, du tempo,
de la tension et du repos, maitrise des émotions du spectateur. La montée progressive
de la folie du personnage, sa paranoïa. La façon dont il distille le doute, parce que malgré tout,
on l'aime bien ce Curtis, et même s'il a l'air de péter un câble, on a presque envie qu'il ait raison.
Et bien sûr Michael Shannon, parfait, qui porte le film de façon impressionnante
(et Jessica Chastain, et tout le monde, d'ailleurs)
(Et d'autres petits détails que je ne veux pas raconter ici, parce que ça gâcherait la surprise.)


Il n'y a que la fin qui me gêne un peu – mais évidemment, je ne vais pas la dévoiler. Je ne sais pas si
elle est à la hauteur du film. Et en même temps, c'est aussi une bonne fin.
Avec Charlotte on y a réfléchi, et toutes nos idées étaient moins bien que celle qu'il propose.
Peut-être quand même aurais-je préféré une fin un poil plus ouverte. Mais je chipote.

Au final, c'est un film fort, superbe, et puissant. Qui m'est resté plusieurs heures dans la tête
après l'avoir vu. Et que je n'ai pas envie de quitter.

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #Cinéma mon p'tit loup

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benjamin 11/01/2012 11:16


cool ça donne envie, j'ai même pas besoin d'aller voir le film ni d'écrire un article pour mon blog, merci !