Bricoville (5/5)
Publié le 22 Février 2018
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Cher journal,
Je t'ai laissé sur un aboutissement de Bricoville sous forme de livre pauvre, à un exemplaire orignal, qui en est la version aboutie et d'une certaine façon la version finale.
Et maintenant ?
Ne voulant pas en rester à cette forme, je me dis qu'il serait temps d'enfin signer ce projet. Évidemment, comme le temps a passé, je n'aime plus les planches que j'avais faites en 2013. Je reprends donc un découpage, je réécris des chansons, je refais des page à l'été 2016. Je crayonne une nouvelle version de l'introduction :






Mais comme c'est une scène que j'avais déjà dessinée, ça m'ennuie un peu de la finaliser. Je m'attaque donc à la scène dans laquelle le Roi de Bricoville se lamente, après avoir été déchu de son titre et banni de son royaume :



(Pour les curieux, l'intégralité du découpage est ici).
Mais il ne faut pas se mentir : ça ne marche pas.
Ce n'est pas que j'aime pas les pages, elles sont plutôt proches de mon dessin d'aujourd'hui, je trouve ça pas nul. Mais ce n'est pas Bricoville. Ça manque de folie, de cohérence, c'est trop sage, le découpage est trop chiant pour ce projet.
La vérité, c'est que je me force. Je suis passé à autre chose, mon dessin a évolué, mes envies aussi, et tout ça n'est plus vraiment compatible avec ce projet. Et je me force à faire quelque chose que j'ai déjà fait : mon carnet est la forme finale de Bricoville, je n'ai pas besoin de le refaire « au propre » en moins bien.
En 2017, je comprends que je dois abandonner Bricoville. Que c'est un projet qui a traîné trop longtemps, plus de 10 ans, qui est boursouflé par tout ce que j'ai traversé, tout ce que j'ai fait, et qui n'a plus de sens aujourd'hui.
J'en ai fait un livre pauvre. C'est pas si mal.
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Bricoville est donc devenu une sorte de bande fantôme, dans la mesure où il n'est pas publié, où sa lecture est réservée à un public très restreint, et où je n'ai pas réussi à lui donner la forme que je souhaitais. Pourtant, comme je l'ai dit plusieurs fois1, c'est un livre qui existe.
C'est un projet qui a eu beaucoup d'importance pour moi. J'y ai passé beaucoup de temps, il m'a accompagné pendant une dizaine d'années, je peux donc m'en servir pour retracer une partie de mon parcours et de mon évolution (ce que j'ai fait dans ces notes de blog). C'est un projet qui dit beaucoup sur moi.
J'en tire plusieurs enseignements. Le principal est qu'il faut faire les projets dès que c'est le moment de les faire. Il ne faut pas laisser trop traîner, il faut y aller, il faut s'y jeter. C'est facile à dire, la bande dessinée est un médium qui demande énormément de temps et d'investissement, et c'est ce qui manque toujours. Mais il faut garder ça en tête : se dire qu'on fera un projet « après », c'est risquer de perdre l'envie, et de ne jamais le faire.
J'ai aussi beaucoup appris sur ma méthode de travail : je ne suis pas un scénariste, je suis un dessinateur qui raconte des histoires. Il ne faut pas que je joue au parfait petit scénariste, il faut que je dessine, c'est comme ça que je m'amuse et que je peux me surprendre.
Et j'ai commencé à travailler sur un nouveau projet avec toutes ces réflexions en tête. C'est encore un secret, donc je ne vais pas en parler pour l'instant, mais avec un peu de chance ça ne devrait pas tarder.
Il faut que je dise que j'ai aussi été influencé par la méthode de travail de Claire Braud, que nous avons exposée dans l'exposition Faux Mirages, l'été dernier à Maison Fumetti (exposition dont j'ai été le commissaire avec Géraldine Polès et Sébastien Vassant). Nous y montrions le carnet qui a servi de support à son formidable Mambo. C'est un carnet A3, dans lequel le récit est dessiné sur la page de droite, les pages de gauche servent à faire des ajouts ou des corrections. C'est un carnet totalement passionnant à feuilleter (que nous avons malheureusement été obligés de présenter sous vitrine), où a l'impression de voir l'histoire s'inventer sous nos yeux.
Mais tout ça est une autre histoire !
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1. Le fait de le répéter plusieurs fois peut ressembler à une tentative d'auto-conviction, et ne c'est pas tout-à-fait faux...